Des crises financières devenant crises économiques

Les crises financières concernent seulement le milieu de la finance, on peut parler de crises financières dans le cadre de crises bancaires, boursières ou encore au niveau du change ou de la dette publique. Une crise financière devient crise économique lorsque la conjoncture économique subit des répercussions : par exemple les industries ont plus de mal à vendre et à emprunter, le pouvoir d’achat des ménages diminue… Une crise économique finit inéluctablement par engendrer des conséquences sociales.  

 

A) Des conséquences sociales

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La crise économique de 1929 est également appelée « Dépression des années 30 », c’est une période allant du krach boursier (24 octobre 1929) au début de la seconde Guerre mondiale (1er septembre 1939). Cette période a connu de lourdes conséquences sociales notamment un taux de chômage encore jamais vu : environ 20% de la population active américaine soit 14 millions de chômeurs en 1933, on note également 6 millions de chômeurs sur le territoire Allemand. Ces chiffres s’expliquent par une baisse de la production industrielle (aux Etats-Unis,  elle est divisée par deux entre 1929 et 1933). On observe alors un cercle vicieux: les chômeurs ne peuvent pas consommer (effondrement du pouvoir d’achat) et contribuer à relancer l’activité économique du pays, les entreprises se retrouvent donc encore plus en difficulté et licencient davantage. Face à une extrême pauvreté, des manifestations contre la faim se multiplient à partir des années 30 aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, … Cela peut s’expliquer aussi par le fait que le secteur agricole, comme le secteur industriel est touché par la baisse de la consommation et produit moins. Il est ici notion de « l’effet ciseaux » : les revenus diminuent dans un secteur d’activité en raison de la baisse du prix de sa production alors que les prix de ses investissements restent inchangés ou augmentent. Autrement dit, les agriculteurs vendent moins cher leur produits mais pourtant doivent investir (achat de machine agricole, semences etc…) autant ou plus dans leur exploitation qu’à l’accoutumée. Les agriculteurs ont au mieux des bénéfices qui diminuent ou alors ils perdent de l’argent. Aux Etats-Unis en 1933, des milliers de fermiers des grandes plaines (au centre du pays) immigrent suite à une diminution de 60% des prix agricoles. Cette immigration se fait principalement vers l’Ouest par une population  issue des classes agricoles modestes.

La crise de 2008 expose les ménages américains à des conséquences sociales dévastatrices. Effectivement, comme vu précédemment, de nombreux ménages ont mis leur logement en caution qui a rapidement été confisqué par les banques dès début 2008. Des milliers de personnes se retrouvent sans logement aux Etats-Unis. Mais les conséquences ne se limitent pas à ce seul pays et atteint rapidement le reste du monde. En effet, les banques n’accordent plus aucun prêt car elles n’ont plus confiance dans le marché des titres qui a été intoxiqué par le phénomène de titrisation, cela n’aide pas les investissements. C’est pourquoi on observe une quasi-stagnation de la croissance économique : en 2009, le PIB de la France a augmenté de seulement 1,6% au-dessus de son niveau d’avant la crise 2008. Certains pays n’ont pas su surmonter cette crise et leur PIB reste, comme l’Italie, de 9 points inférieur par rapport à celui de 2008. Comme la crise de 1929, le chômage augmente partout, notamment en France avec 800 000 chômeurs supplémentaires, soit une hausse de 40% (entre mi 2008 et mi 2014).

B) Des conséquences politiques

affiche new deal

(« Donnez du travail, achetez des biens américains ») Affiche du New deal encourageant à acheter américain pour relancer l’économie.

 

Aux Etats-Unis, la crise de 1929 est généralement associée au « New Deal » proposé par le président Franklin Delano Roosvelt. Cette politique menée par le gouvernement a pour objectif de soutenir les ménages les plus modestes. Pour cela, l’état intervient de façon directe dans l’économie américaine, notamment en mettant en œuvre une politique de grands travaux dans le but de réinjecter de l’argent, de réhabiliter des chômeurs et d’ainsi relancer l’économie.

Au Royaume-Uni, la livre Sterling est dévaluée afin de faciliter les exportations. En Allemagne par exemple, certaines populations, face à un chômage de masse, se tournent vers des mouvements politiques radicaux favorisant l’arrivée d’Adolphe Hitler au poste de chancelier le 30 janvier 1933. L’accession au pouvoir du parti nazi est sans doute la conséquence la plus dramatique de la crise de 1929 car on peut affirmer que La Seconde Guerre Mondiale est une conséquence indirecte de cette crise.

On remarque que le Gouvernement Américain a choisi d’intervenir de façon considérable dans l’économie du pays, chose étrange pour un pays prônant le libéralisme, tandis que les États Européens ont préféré choisir dans un premier temps de laisser la loi du marché rééquilibrer l’offre et la demande.

 

L’été 2007 marque la découverte de la toxicité des titres et de leur propagation sur le marché mondial. De nombreuses banques, dont les plus grandes, s’aperçoivent que leurs titres achetés auprès d’autres banques, et dont leurs comptes en sont pleins, ne valent plus rien. Lehman Brothers est la première banque à essayer de solder ses actifs toxiques. Face au manque de succès, la banque voit sa capitalisation boursière chuter de 73%. Beaucoup d’autres banques connaissent ce même phénomène menant à leur faillite (ex : Bear Stearns, AXA…).

Subprime

L’homme de gauche représente les Etats-Unis et l’homme de droite l’American International Group (AIG) qui est un réseau mondial d’assurances.

 

Face à la situation les états cherchent à éviter le même scénario de 1929 et décident de nationaliser les banques. En rachetant les banques, ils transfèrent les dettes de celles-ci au gouvernement. Un cercle vicieux se met alors en place : les banques encore indépendantes prêtent de l’argent à l’état pour que celui-ci paye ses nouvelles dettes. Parallèlement, le FMI (Fond Monétaire International) injecte des milliards de dollars pour minimiser les dégâts et éviter le « crédit crunch ».

 

On note dans les deux crises la présence d’états providences et interventionnistes.

C) Des crises au niveau mondial

Les deux crises restent connues car elles ont toutes les deux un impact mondial aux conséquences d’une ampleur encore jamais vue.

La crise de 1929 entraine une retraite des fonds bancaires placés à l’étranger. Ainsi, les entreprises étrangères sont privées d’emprunts, ce qui entraine la chute de la production, de nombreuses faillites et une augmentation du chômage.

Au Royaume-Uni, la livre Sterling chute de 40% : c’est le choix du gouvernement de dévaluer sa monnaie pour faciliter les exportations. Etant une puissance coloniale, à l’instar de la France, le royaume se replie sur ses colonies et adopte un comportement protectionniste. Cela lui permet d’atténuer l’impact du krach boursier de 1929.

La France voit ses exportations diminuer de 60%  ce qui entraine un effondrement de la  production industrielle (baisse de 30%). L’état Français taxe les produits importés  afin de limiter les importations et la concurrence des entreprises françaises déjà fortement affectées par le retrait des fonds d’investissements des banques américaines.

L’URSS n’est pas touchée par la crise grâce à une politique isolationniste, elle se replie sur elle-même (autarcie).

Les Etats-Unis voient leur conjoncture économique se renverser lors de la chute spectaculaire des cours de la bourse à Wall Street le fameux  « jeudi noir ». La crise s’étend rapidement sur tous les secteurs de la vie économique américaine dont la prospérité reposait sur les crédits.

L’Allemagne est la plus touchée par la crise car suite à la guerre, elle a reçu des investissements étrangers pour se reconstruire. Elle doit aussi honorer les clauses du traité de Versailles en payant les dédommagements dus aux pays vainqueurs de la guerre.

 

Pays Nombre de chômeurs dus à la crise
Royaume-Uni 6 millions
Etats-Unis 12 millions (1932)
Allemagne 6 millions
France 3.5 millions

 

 

Les conséquences de la crise de 2008 forment un constat étonnant : le PIB par habitant a augmenté de près de 60 % dans les pays en voie de développement tels que la Chine et l’Inde mais il a baissé dans la majorité des économies dites « avancées » (économie de pays développés).

graphique pib 2008

Ce graphique présente la croissance économique de la France, de la zone Euro et des Etats-Unis en fonction du temps (sur une étendue de 3 ans). L’unité est le pourcentage, la source est l’INSEE (Institut national des études statistiques et économiques).

– On remarque que les Etats-Unis connaissent une chute durant l’été 2007, soit une baisse d’environ 1,25 points et une croissance économique nulle vers août 2007. On note une faible relance économique durant le premier semestre 2008 due au 700 milliards injectés par la FED dans le système banquier (rachat des titres toxiques). La croissance économique chute finalement de manière vertigineuse pour atteindre moins 1,5% (par rapport à l’année précédente) au cours de l’année 2008.

– La France et la zone Euro connaissent tous deux une chute durant l’été 2007, une faible hausse due à l’intervention du FMI et une forte chute débouchant sur des croissances économiques négatives de moins de  1% (par rapport à l’année précédente).

 

En France, la crise se traduit par une croissance économique en chute libre à partir de fin 2007 (on note que la crise des subprimes a commencé durant l’été 2007)  et une augmentation de 800 000 chômeurs en plus entre 2008 et 2014, passant de 2 millions à 2.8 millions de chômeurs soit une hausse de 40 %. Les prélèvements obligatoires ont fortement augmenté et sont à leur plus haut niveau (140 milliards par an soit 1.7 % du PIB).

De nombreux pays suivent cet exemple et une quinzaine de pays européens rentrent en récession dès 2008. Le commerce international chute également et le BDI (Baltic Dry Index) affirme que l’activité maritime mondiale a baissé de prés de 50 %. De même, la production industrielle chute de 31% au Japon, 16% en Russie,  15% au Brésil, 14% en Allemagne et en Italie (entre janvier 2008 et janvier 2009). Pour l’OIT (Organisme International du Travail), il y a 20 millions de chômeurs supplémentaires durant la seule année 2008 (niveau mondial).

 

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